Onze mois après avoir pris la tête d’HP, Léo Apotheker a été remercié et remplacé par Meg Whitman, l’ancienne patronne d’eBay. Sa stratégie ? Surtout ne rien changer.
Allez donc comprendre ce qui se passe dans l’esprit semi-collectif du conseil d’administration d’HP ? On a connu l’épisode Carly Fiorina, haute en couleurs et responsable de la fusion avec Compaq, qui a été remplacée par Mark Hurd, pour redresser la barre. Ce dernier se met sérieusement au travail, coupe dans les coûts, reprend l’initiative sur la branche PC, prend le virage du cloud computing, exécute brillamment le rachat de 3Com, un peu moins brillamment celui d’EDS, fait peut-être une erreur avec le rachat de Palm mais gère une entreprise en ordre de marche. Or, on lui demande de partir. Pourquoi ? La réponse est soit cocasse, soit triste : on lui a prêté l’amorce d’une romance, « innapropriate » comme ils disent aux Etats-Unis, avec une assistance marketing pigiste mais armée d’un redoutable « lawyer » et prompte à demander des sous, beaucoup de sous. Vous savez, ce type d’histoire arrive souvent aux Etats-Unis.
Mark Hurd est récupéré par Oracle, dont le patron Larry Ellison compare le Board d’HP aux idiots qui avaient viré Steve Jobs d’Apple. Arrive Léo Apotheker, qu’on connait moins bien en Californie qu’en France, et qui, lui aussi, s’est un peu fait avoir chez SAP.
Pour la petite histoire, c’est Ray Lane, ancien numéro deux d’Oracle, qui a été le chercher. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Léo se met au travail, passe en revue ses talents, détermine ses forces, faiblesses, opportunités et menaces, et décide de mettre en œuvre trois actions : 1)arrêter le WebOs récupéré avec Palm et la ligne de tablettes Touchpad, qui n’arrivent pas à se vendre ; 2) scinder ou vendre la branche PC ; 3) acheter le britannique Autonomy pour 10 milliards de dollars.
Ces trois annonces s’ajoutent à une troisième révision en baisse des résultats et, du coup, l’action HP chute de 20%. Rappelons que les marchés financiers sont dans la panade et que n’importe quelle nouvelle, bonne ou mauvaise, se traduit par des chutes brutales.
La stratégie présentée par Léo Apotheker est loin d’être idiote mais on lui reproche beaucoup. D’abord, les résultats ne sont pas extraordinaires. Le chiffre d’affaire du dernier trimestre a augmenté de 1,5% pour atteindre 31,2 milliards de dollars mais le bénéfice net a reculé de 11% à 2,3 milliards de dollars..
Ensuite, les critiques fusent sur la stratégie d’HP. L’achat d’Autonomy fait penser à la fusion avec Compaq, en 2002 sous l’ère de Carly Fiorina, puis avec EDS, en 2008 sous l’ère de Mark Hurd, deux opérations qui n’ont pas véritablement créé de valeur. Les investisseurs pensent également la même chose de la scission d’Agilent. Quant à la branche PC, elle souffre de sa quasi-absence sur les marchés émergents. Et l’arrêt de WebOs se traduit par des pertes.
Une cession de la branche PC et un renforcement dans le logiciel peut ressembler à la stratégie, couronnée de succès, d’IBM en 2005. En réalité, la branché PC n’a jamais représenté un pourcentage significatif d’IBM. En revanche, sa branche logiciel était déjà conséquente lorsqu’IBM a cédé ses PC.
Par ailleurs, les PC d’HP sont assez populaires chez les distributeurs qui apprécient le fait de pouvoir les vendre comme un package, avec imprimante et cartouche d’encre. De même, ils peuvent faire partie d’une vente globale aux entreprises, avec serveur et autres équipements.
Il faut noter qu’au cours des cinq dernières années, la bourse a fait les yeux de Chimène à HP. La méthode paille de fer de Mark Hurd était particulièrement bien appréciée. Ce n’est que sur les deux derniers trimestres que le « sentiment » du marché s’est retourné.
En trois ou quatre semaines, le sentiment du Board d’HP s’est aussi totalement retourné. Il a décidé de se séparer de Léo Apotheker pour le remplacer par Meg Whitman, l’ancienne patronne d’eBay, candidate malheureuse aux élections gouvernementale de Californie. Si eBay ressemble à un beau succès, Meg Whitman a quand même commis une boulette avec le rachat de Skype, revendu à un fond en passant une provision copieuse pour dépréciation d’actif. Skype est maintenant chez Microsoft. Quant à ceux qui célèbrent le succès mondial d’eBay, ils ne connaissent sans doute pas leboncoin.fr, bien de chez nous.
Conclusion : avec un board comme celui d’HP, on n’a pas besoin d’ennemis. Certes, ce board a évolué comme l’a noté Ray Lane dans une conférence avec les analystes financiers : « In January, I added five Board members to this Board.This is not the Board that was around for pre-texting. This is not the Board that fired Mark Hurd.This is not the Board that did everything you want to write about that the press writes about every day. It’s just like Open Season to write about this Board. It’s not this Board, okay? This Board is with Ann Livermore, and Leo, was eight new members as it functioned this year. Eight people that weren’t here before last January or November orLeo and myself. Strong individuals, Gary Reiner from GE. I won’t — I don’t have to go through it, CEOs, lots of EOs. They work really well together.
I watched the executive staff come into the first Board meeting and watched the openness, the tough questions. They knew immediately it was a different Board.We carefully considered decisions when we make the — we are embarrassed about the communications of these decisions. It could have been done much better, but we carefully considered the decisions made on August 18 to help augment HP’s business. So look, I’m really proud of this Board and I wouldn’t — I don’t know how to tell you anything else on a call like this, but I’m proud of the individuals on this Board and the way they work together. And I think the Company and the shareholders are well served by this Board. It is our operating execution that needs to improve. And we made a decision in Meg Whitman to lead us to that better performance ».
Question : Combien de temps Meg Whitman va-t-elle rester à la tête d’HP ?
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