Oracle : un matériel « exaordinaire »

L’éditeur de logiciel a annoncé cet été le rachat de Pillar Data Systems, un spécialiste du stockage de données. La marge opérationnelle de sa branche matériel est passée de 46% à 56% d’une année sur l’autre.

L’année dernière à la même époque, les équipes internes de fusion et acquisition de Dell,HP, EMC et NetApp avaient affuté leurs arguments pour séduire quelques spécialistes du stockage de données informatiques. L’idée était d’acquérir des technologies complémentaires, voire des technologies de rupture, pour compléter des gammes de produits et se positionner pour une inévitable explosion de données informatiques. Au printemps 2010, cinq entreprises pouvaient séduire les prédateurs : 3PAR, Compellent, Isilon, Engenio et Pillar Data Systems. Dell et HP se sont battus pour le contrôle de 3PAR et finalement HP l’a remporté, Dell se contentant de Compellent. EMC a acheté Isilon, NetApp a repris Engenio et Oracle vient de clore ce mouvement de concentration en rachetant Pillar Data Systems cet été.

Cette entreprise a été créée il y a une dizaine d’années et elle a été financée par Larry Ellison, le fondateur et président d’Oracle. Pillar Data Systems commercialise des systèmes de stockage qui peuvent allouer des ressources en fonction du caractère critique des applications utilisées. En gros, le système de trading d’une banque d’affaires sera prioritaire sur l’application ressources humaines et sur l’accès aux archives. L’entreprise réalise moins d’une centaine de millions de dollars de chiffre d’affaires pour plus de 600 clients. Le prix de l’acquisition n’a pas été dévoilé puisqu’il dépend des performances commerciales de Pillar d’ici à 2014. Il ne devrait pas sensiblement modifier le bilan d’Oracle qui porte 29 milliards de dollars de cash. L’acquisition va renforcer un peu plus la branche matériel d’Oracle, qui, contrairement aux premières impressions données lors de la publication de ses derniers résultats, se porte plutôt bien.
Ainsi, lors de son dernier exercice fiscal, Oracle a largement dépassé la barre des 30 milliards de dollars de volume d’affaires. De fait, ce dernier a augmenté de 33% pour atteindre 35,622 milliards de dollars (norme GAAP). Quant au résultat net, il a avancé de 39% pour atteindre 8,547 milliards de dollars. Pour prendre la mesure de la santé d’Oracle, il faut regarder l’allure des ventes de nouvelles licences d’exploitation (+23% à 9,235 milliards). Les ventes de support et de maintenance ne sont pas en reste et atteignent 14,796 milliards (+13%).
D’aucuns ont pu constater que les ventes de matériel ne sont pas à la hauteur de la performance du logiciel. Tout dépend de l’angle sous lequel on les considère. Elles ont reculé sur le dernier trimestre (-6% à 1,157 milliard) mais on fait un bond de 191% sur l’année (4,382 milliards). Par ailleurs, sur le quatrième trimestre fiscal, la marge opérationnelle du matériel a augmenté passant de 46% à 56% d’une année sur l’autre.
Cette progression témoigne du travail en profondeur effectué par Oracle sur deux axes. En premier lieu, la société ne conserve de Sun Microsystems que les parties les plus rentables et abandonne certaines activités de revente. En second lieu, Oracle a lancé deux gammes de gros boîtiers spécialisés (appliances), Exadata et Exalogic, optimisés pour traiter des bases de données ou des applications. A la fin de l’année fiscale 2011, Oracle comptait 1000 installations d’Exadata ou d’Exalogic chez plus de 150 clients. Lors de la téléconférence de présentation des résultats, les dirigeants ont indiqué vouloir tripler ce chiffre en 2012.
Cette gamme « Exa »est non seulement fort rentable mais elle permet aussi de vendre du logiciel supplémentaire. Or, toute vente de logiciel se traduit par de futurs flux de maintenance et de support, véritable soutien à long terme de la capitalisation boursière d’Oracle. Cette dernière ressort à 140 milliards de dollars, mais n’est que de 111 milliards une fois retiré les 29 milliards de dollars de liquidités sur le bilan. Le multiple de capitalisation, qui est le rapport entre la capitalisation boursière et le bénéfice net (12,4 milliards de dollars attendu pour l’exercice en cours), n’est que de 8,9 si on tient compte du cash sur le bilan. En dépit de la crise boursière qui a secoué les marchés financiers, c’est un niveau fort raisonnable pour une entreprise dont les bénéfices ont cru de 39%.
Lors de la conférence qui a suivi la publication des résultats, les dirigeants de l’entreprise ont jugé que les dernières acquisitions se sont faites sur des niveaux de valorisation déraisonnables. Mais le porte-monnaie d’Oracle n’est pas tout à fait fermé puisqu’il s’est rouvert pour Pillar Data Systems et, auparavant pour FatWire (gestion dynamique des sites Web). Il s’ouvrira peut-être pour des rachats d’actions en bourse. Le conseil d’administration a voté une autorisation en ce sens. Il reste 4,1 milliards de dollars à consacrer à de telles opérations. Précisons que le cash d’Oracle est réparti un peu partout sur la planète. Sur les 29 milliards de dollars (28,8 exactement), 20,4 milliards sont détenus par des filiales non-américaines. En cas de rapatriement aux Etats-Unis, Oracle devrait acquitter un impôt d’environ 30%.

Share
Facebook LinkedIn Twitter Viadeo